HYPERTENSION
POURQUOI IL FAUT ABSOLUMENT SE TRAITER


On dit souvent qu'il est dangereux de vivre avec une tension élevée... encore faut-il savoir exactement pourquoi. L'hypertension artérielle est volontiers qualifiée de maladie sournoise, car elle survient en général sans engendrer le moindre symptôme. Et ses effets nocifs, quant à eux, ne se révéleront que bien plus tard !
Elle peut être néfaste pour de nombreux organes, et plus précisément pour les vaisseaux de ces organes. En effet, l'hypertension abîme la paroi des artères et des capillaires qui, au fil du temps, deviennent plus rigides, un peu comme si ils vieillissaient prématurément. Les organes les plus en danger sont le cerveau, le coeur, les reins et les yeux. Les conséquences peuvent se manifester de façon progressive ou au contraire très brutale, comme cela risque de l'être pour le cerveau, par une “attaque cérébrale”. On comprend combien il est important de se protéger contre cette maladie par un traitement efficace et en général à prendre à vie. 
 

Protéger le cerveau. 
La complication la plus sévère de l'hypertension artérielle pour le cerveau est l'accident vasculaire cérébral, malheureusement très fréquent (100 000 cas chaque année). Il peut se produire de deux manières : 
- Un caillot obstrue une petite artère qui nourrit le cerveau, c'est une thrombose.
- Un saignement survient sur un vaisseau fragilisé, c'est une hémorragie cérébrale.
Quoi qu'il en soit, l'accident vasculaire cérébral se manifeste de façon soudaine, avec des conséquences souvent graves (hémiplégie), parfois fatales. L'hypertension artérielle non traitée augmente de 10 à 12 fois le risque d'être victime d'un tel accident. Chez les personnes âgées, le danger est surtout lié à une augmentation du premier chiffre de la pression artérielle (la pression dite systolique). Différentes études ont montré que baisser la tension artérielle grâce à des médicaments diminue fortement le risque d'accident cérébral. 
 

Empêcher un accident cardiaque.
L'hypertension artérielle est à la longue très néfaste pour les artères coronaires, les artères qui nourrissent le muscle cardiaque. Résultat : une pression artérielle trop élevée augmente de 5 à 6 fois le risque d'infarctus ou d'angine de poitrine. Chez les personnes de plus de 60 ans, le traitement antihypertenseur a une action particulièrement efficace puisqu'il diminue la probabilité d'un décès par accident coronarien de 25 %. 
 

Éviter une trop grande fatigue du coeur.
L'insuffisance cardiaque est une autre complication fréquente de l'hypertension artérielle. En effet, une tension trop élevée oblige le coeur à fournir plus d'effort pour faire circuler le sang dans l'organisme. Devant travailler (“pomper”) toujours davantage, au bout de quelque temps, il se fatigue. Les premiers symptômes de l'insuffisance cardiaque sont en général des jambes gonflées (oedèmes) et une sensation d'essoufflement. Il est important de détecter le plus tôt possible une insuffisance cardiaque pour la traiter rapidement, et adapter au mieux les médicaments antihypertenseurs. 
 

Prévenir une insuffisance rénale.
Les vaisseaux des reins étant assez fragiles, ils risquent d'être altérés par une pression sanguine exagérée. Résultat : les reins travaillent moins bien. On évalue leur fonctionnement en dosant la créatinine dans le sang et en recherchant dans les urines (par bandelette) une présence anormale de protéines. Ces contrôles doivent être faits régulièrement. Une élévation anormale de la créatinine est le témoin d'une insuffisance rénale plus ou moins sévère. 
 

Protéger les yeux.
Ce sont plus précisément les petits vaisseaux de la rétine qui peuvent être altérés dans les cas de forte augmentation de la pression artérielle. La surveillance par un ophtalmologiste est surtout recommandé si le patient souffre à la fois d'une hypertension artérielle et d'un diabète, ou s'il existe une hypertension artérielle sévère. 

A partir de quel chiffre faut-il se faire traiter ?
Tout d'abord, il faut être certain que la tension soit élevée et... le reste avant d'envisager un traitement. Pour s'en assurer, la tension artérielle doit être prise plusieurs fois à différents jours d'intervalle : à l'occasion d'au moins trois consultations sur six mois. Un autre moyen consiste à porter sur soi pendant vingt-quatre heures un appareil qui mesure régulièrement la tension. Cette solution nommée la “Mapa” (mesure ambulatoire de la pression artérielle) est de plus en plus préconisée par les médecins. Elle est aussi souvent proposée au patient en début de traitement pour apprécier l'efficacité des médicaments.
Le choix du traitement dépend de deux paramètres : des chiffres tensionnels et des autres facteurs de risque cardiovasculaires (âge, diabète, hypercholestérolémie, tabagisme, sédentarité). En France, il y a deux ans, des experts médicaux ont donné des indications précises sur le traitement en fonction de tous ces paramètres (1). Voici deux exemples : Quel que soit l'âge, des médicaments sont nécessaires si le premier chiffre est supérieur à 18, ou supérieur à 11 pour le deuxième chiffre. Chez un sujet de moins de 60 ans présentant des facteurs de risque cardiovasculaire, des médicaments doivent être prescrits si le deuxième chiffre dépasse 9.
La grande nouveauté concerne l'objectif du traitement. Les médecins se demandent s'il ne faut pas prescrire plus de médicaments (ou augmenter leur dose) pour abaisser davantage les chiffres tensionnels. Cela permettrait de diminuer encore plus les risques d'accident cardiovasculaire. Selon les dernières études et en particulier celle baptisée HOT (Hypertension optimal treatment) publiée dans The Lancet en 1998, il est recommandé de faire baisser la tension artérielle à des valeurs très basses : 14/8,5. Pour des patients considérés à haut risque vasculaire, l'objectif est même plus strict : la pression diastolique (le plus petit chiffre) ne devrait pas dépasser 8 ! Peut-être que votre médecin généraliste ou votre cardiologue vous en parleront... Quoi qu'il soit, ne changez rien sans les avoir consultés, et suivez toujours scrupuleusement leur prescription.
(1) Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé. 
 
 

QUELLES SOLUTIONS AU QUOTIDIEN

Choisissez votre menu
Perdre quelques kilos suffit parfois pour retrouver une tension normale. L'aide d'un diététicien ou d'un médecin nutritionniste est efficace, à condition d'être prêt à effectuer quelques efforts. Il est aussi recommandé de modérer sa consommation de sel à 5 grammes par jour. En pratique : il ne faut resaler aucun plat, éviter les aliments tels que les cacahuètes d'apéritif, et les eaux minérales avec de fortes teneurs en bicarbonate de sodium. Enfin, il faut sérieusement modérer sa consommation d'alcool (moins de trois verres de vin par jour). 

Reprenez le sport
Si l'on a stoppé toute activité physique, ou si elle est très insuffisante, il est conseillé de se remettre à l'ouvrage ! Bien entendu, un médecin indiquera dans quelles limites effectuer ce sport. Il n'est pas question de se lancer du jour au lendemain dans des épreuves de haute compétition. Il est prouvé qu'une activité physique régulière et à chaque fois assez prolongée (au moins une demi-heure) diminue les chiffres tensionnels. Ces dépenses physiques comme les mesures diététiques sont très importantes. Elles peuvent éviter de prendre des médicaments ou de diminuer leur dose. 
Pour encourager la pratique du sport, la Fédération Française de cardiologie organise chaque année les “Parcours du coeur”. Ils auront lieu les 27 et 28 mars prochain. Environ 15 000 courses seront organisées sur l'ensemble de notre territoire. Ces “Parcours du coeur” sont ouverts à tous, chacun y participant à son rythme, sans forcer. 

Quels médicaments ?
Ils sont nombreux, chacun d'eux intervenant à un niveau différent de l'organisme pour faire baisser la tension artérielle. Les diurétiques, par exemple, agissent au niveau des reins en favorisant l'élimination d'eau et de sodium dans les urines. Ils sont très souvent prescrits, en particulier aux personnes âgées. D'autres médicaments agissent sur la paroi des vaisseaux, d'autres directement sur un centre neurologique du système vasculaire à l'intérieur du cerveau, etc. 
La multiplicité de ces médicaments est une bonne chose, car pour le médecin, il n'est pas toujours facile de prescrire d'emblée le médicament le plus adéquat. Le choix de l'antihypertenseur dépend de l'état de santé du patient. Deux exemples : si le patient souffre d'asthme, d'insuffisance cardiaque ou encore d'une artérite des jambes, les bêtabloquants sont interdits. Les diurétiques sont déconseillés en cas de maladie du foie. Autre difficulté : ces médicaments sont assez souvent à l'origine d'effets secondaires tels que des insomnies, une impuissance, la bouche sèche, une somnolence... Mais le problème majeur est que le médicament ne parvient pas toujours à réguler la tension. Il arrive que le médecin prescrive d'emblée deux antihypertenseurs différents.
Dernière précision, lorsque le traitement est commencé, il faut prendre les médicaments à heure régulière et surtout ne jamais les arrêter sans, au préalable, un avis médical. 


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tiré du magazine Santé Magazine